La prudence chrétienne doit comprendre que
notre finalité, c’est d’aimer le Christ, d’avoir avec
le Christ une véritable amitié et de la développer. Et il
est évident que pour aimer Jésus il faut combattre notre
concupiscible, les amitiés qui nous tirent vers le bas ; il
faut vivre une amitié qui aime les sommets, qui aime
vivre avec Jésus et pour lui, qui aime le regarder et
regarder Marie, et rester près d’eux.
La prudence chrétienne, dans ce qu’elle a de
plus fort, doit polariser toutes nos forces vers le Christ
pour qu’on puisse l’aimer, et l’aimer tel qu’il est, près de
nous, et tel qu’il nous regarde. Nous devons avoir une
prudence qui soit très semblable à celle que Marie avait. Il
faut souvent penser à cela du point de vue chrétien ; parce
que, si on est philosophe pour réfléchir sur la prudence
humaine, on est chrétien pour que cette prudence humaine
devienne une prudence de chrétien. Et parce que la prudence
du chrétien, si elle regarde l’amitié avec d’autres
chrétiens, regarde en premier lieu l’amitié avec Jésus, il
faut favoriser le plus possible un esprit de méditation et
de contemplation. « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai
qui tu es. » Si nous avons l’audace de fréquenter Jésus, si
notre prudence se réserve du temps (bien qu’on soit très
pris) pour prier et rester avec Jésus, alors notre prudence
chrétienne ne sera pas un vain mot : toutes les forces vives
que nous avons en nous ne seront pas seulement mobilisées et
canalisées à l’égard d’amis, elles seront orientées plus
haut, pour aller au sommet. Nous comprendrons l’appel du
Pape Jean Paul II à aller toujours plus haut : Duc in
altum, « va plus haut », toujours.
Cela, c’est la prudence chrétienne. Vous
êtes prudent chrétiennement quand les finalités de votre
vie — Dieu et l’ami, le prochain — se rejoignent, puisque
c’est cela qui est propre à la vie chrétienne : la finalité
contemplative et la charité fraternelle s’unissent. La
prudence devient alors quelque chose de très grand, parce
qu’elle est ce qui est capable de mobiliser toutes nos
forces pour les donner à l’ami, et de les mobiliser toutes
pour les donner au Christ. La prudence est vraiment cette
force intérieure, cette intelligence pratique qui mobilise
nos capacités d’aimer et nos capacités de lutter, et qui les
mobilise toujours en vue d’une vraie finalité, que cette
finalité soit le prochain ou qu’elle soit Dieu.
Père Marie-Dominique Philippe, o.p.
fondateurs de la
communautè
des Soeurs et des Frères
de Saint-Jean
Conférence
donnée aux AFC le 13 octobre 2002